Valentin Saluja
 
- en route (Orly Sud - Paris) -
même si Paris m'a apporté quelques idées et quelques clichés utiles, il est temps désormais de changer d'air.
je me dois de rester encore un peu au coeur de la civilisation, en Europe donc, mais là où les idées commencent à être perturbées par les couleurs de la méditerranée.
j'ai pensé un temps à l'Espagne, près de Gibraltar, là où partent et arrivent les voitures surchargées d'Afrique du Nord, là où se croisent deux civilisations dans une paix mutuelle à mille lieues des interprétations médiatiques.
et puis je me suis souvenu de la langue et du fait que très récement, j'étais à Mexico pour une période assez longue.
mon contact avec l'espagnol nécessitait encore un peu plus de temps avant de redevenir jouissif.
ce serait donc l'italien.
j'ai pris mon billet d'avion.
direction le sud.
je ne connais encore personne en Sicile.
cela va changer.

 
- sur le départ (Paris - France) -
BLA
NC


 
- hôtel (Paris - France) -



Tout bon vidéaste, cinéaste, photographe, se pose aujourd'hui la même question :
Doit-on continuer à produire des images ?
Est-ce que nous allons arriver à un moment de notre histoire où une photo sera prise, quelque part dans le monde, et que sa texture, son cadrage, ses couleurs, seront rigoureusement identiques à ceux d'une autre photo prise plus tôt, ailleurs dans le monde, par quelqu'un d'autre ?
Cette hypothèse futuriste lointaine permet de plus de nous faire réfléchir sur un nombre important de facteurs qui régissent la composition d'une prise de vue.
La probabilité que cet événement tragique se produise augmente en effet d'autant plus que notre capacité à capturer sur support numérique ou argentique une somme d'informations lumineuses s'appauvrit.
On cherchera, dans la création d'une image, à reproduire une esthétique que l'on juge acceptable.
C'est cette conscience du Beau qui guide notre oeil et notre main, malgré nous, puisque même avec toute la bonne volonté du monde, même avec toute l'ouverture d'esprit du monde, notre cerveau ne sera de toute manière pas capable de comprendre nombres d'informations jugées négligeables. Ainsi même si l'on souhaite rompre avec nos codes de reconnaissance du Beau, nos récepteurs physiques se chargeront toujours de limiter cet illusoire libre-arbitre.
D'autre part, plus les images codifiées envahiront notre quotidien, plus nos cerveaux affineront ce qui est acceptable ou non.
Quand je reviens ici (France, Etats-Unis, etc., ce que j'appelle l'Occident), je suis toujours pris de frayeur devant la somme d'images qui déferlent sur nos yeux et castrent nos cerveaux.
J'aimerais parfois être aveugle, ou bien ne jamais revenir là où règnent téléviseurs, affiches, ordinateurs, et tous ces supports de Beauté.
C'est l'une des explications de mon exil.
Reposer mon oeil.

 
- prise de vue à l'oeil qui tombe (Paris - France) -


 
- retour + départ + retour (Paris - France) -
J'ai lu récemment une phrase très juste mais j'en ai oublié l'auteur.
"C'est quand on sait qu'on aura le choix de revenir qu'il faut partir, toujours partir."
Sans le savoir, c'est cette maxime que j'ai appliquée pendant toutes ces années, car le voyage en effet n'avait pas seulement pour but de me faire découvrir d'autres horizons (l'horizon est toujours le même en définitive), mais surtout de me tenir éloigné des sensations les plus "collantes" que génère l'enracinement.
Aujourd'hui je veux témoigner de mes périples, physiques et autre. D'abord pour mon propre confort et la conservation de mes réflexions (j'ai perdu tant de papier et le temps soudé dessus), ensuite pour qu'éventuellement, celles-ci inspirent ou pénêtrent d'autres sensibilité que la mienne.
J'essairai aussi de publier ici des photos autant que possible, des vidéos si la technique sur place me le permet.
J'ai honte.
Je me sens dans la peau d'un touriste qui va montrer à ses collègues de bureau les trophées sanglants de sa chasse au "spécial".
J'éviterai dans la mesure du possible d'être ce chasseur, ni non plus explorateur, simplement une machine comme une autre qui produira comme une autre un sens comme un autre.